2020 aux USA : de crise en crise
(Un bilan de l’année 2020 aux USA)
Mis en ligne le 18 juillet 2021 Convergence révolutionnaire internationale
Nous publions ci-dessous un bilan de l’année 2020 aux USA établi par les camarades de Speak Out Now, dressant également un panorama de la situation sociale du pays à la prise de mandat de Biden. Comme prévu, bien sûr, les promesses électorales de celui-ci et ses premiers décrets, évoqués dans le texte, n’ont rien changé. Mis à part sur le plan de la vaccination, peut-être, mais même pas sur celui des pénuries dans les hôpitaux ou du comportement de la police.
La version en anglais de ce bilan se trouve sur le site de Speak Out Now : https://speakoutsocialists.org/an-overview-of-the-situation-in-the-u-s-in-2020-a-year-of-extremes/
Dire que 2020 n’a pas été une année comme les autres est devenu un cliché. C’est aussi très certainement un euphémisme. Le virus a révélé de façon inédite la façon dont notre monde fonctionne. Personne n’était préparé à faire face à de tels bouleversements, ni à une telle remise en question, non seulement aux États-Unis mais dans toutes les régions du monde sans exception : les échecs et les défaillances se sont succédés, y compris en Chine où le régime autoritaire a été incapable d’accepter une remise en cause de son contrôle sur la société. La réalité a prévalu sur le récit officiel, et le virus s’est répandu. Ce morceau d’ARN auto-réplicatif, connu sous le nom de SARS-CoV-2 (ou Covid-19), a révélé partout la véritable nature du système qui domine l’ensemble des sociétés dans lesquelles nous vivons. Cette révélation signifie que nous nous trouvons assis, de façon encore plus évidente, au bord d’un volcan. Un volcan dont les absurdités et la violence sont de plus en plus dangereuses, avec un potentiel d’explosions sociales toujours plus grand.
Aux États-Unis, nous avons dû faire face aux manquements de ceux qui contrôlent la nation la plus riche de la planète, incapables de faire face aux défis de la période. Sous Donald Trump, président sociopathe narcissique, il n’y a même pas eu un semblant de plan cohérent pour répondre à la crise. Au contraire, l’administration Trump a propagé un tombereau de fausses informations, accentuant le discrédit de la science au profit des « faits alternatifs », déjà lourdement propagés à propos de l’autre grand défi du moment : le réchauffement climatique et les perturbations massives du climat qu’il engendre.
Par conséquent, il n’y a pas eu et il n’y a toujours pas de plan cohérent de la part de ce système, qui n’a pour objectif central que la production du capital. Le bien-être de la population n’est pris en considération que relativement à notre position dans le processus de production. En d’autres termes, ce système rend ceux qui le dirigent incapables de répondre aux besoins de l’humanité et des autres formes de vie sur cette planète.
2020 a été une année de fortes turbulences pour un régime politique qui a nié la réalité des effets potentiels de ce virus, ainsi que la nécessité d’utiliser les approches guidées par la science pour minimiser ces effets.
Même le plus simple des instruments pour limiter la propagation du virus – le masque – est devenu un symbole controversé. Les défaillances des responsables politiques, incapables de sécuriser un approvisionnement en masques en cas d’épidémie, ont eu pour conséquence que les premiers à en avoir besoin – à savoir les travailleurs de la santé – n’y avaient pas accès. Et l’on a, par conséquent, dit à la population américaine que nous n’avions pas besoin de masques, qu’ils n’étaient utiles que dans les milieux médicaux. C’était faux, ils le savaient, mais c’est ainsi que tout a commencé : un président diffusant et s’entêtant dans le mensonge, et une communauté scientifique tentant de faire avec. L’information scientifique la plus fiable était diffusée aux enfants, par l’émission de télévision Sesame Street, alors que de nombreux adultes considéraient qu’une déclaration politicienne avait plus de valeur qu’un argument scientifique. Ne pas porter de masque devenait synonyme de liberté, d’opposition au contrôle gouvernemental, et permettait de s’afficher comme soutien de Trump. Porter un masque était au contraire un signe de soumission et de faiblesse.
Dans le même temps, de nombreuses personnes ont pris une part active dans la lutte contre la pandémie. Ils ont soutenu les travailleurs de la santé qui réclamaient des équipements de protection. Ils se sont entraidés comme ils le pouvaient. Lorsque le meurtre de George Floyd a été diffusé aux yeux de tous, l’indignation de millions de personnes s’est répandue dans les rues du pays.
Nous voici donc en 2021. Le voyage fut long et étrange. Mais est-il seulement terminé ? Ne nous étonnons pas de l’effroyable échec de la réponse des États-Unis : cela fait des décennies que les avertissements relatifs au changement climatique sont systématiquement ignorés.
Destruction du climat
On le sait, le réchauffement de la planète est dû à notre dépendance à l’égard de la combustion du carbone (pétrole, gaz et charbon) comme principale source d’énergie, et à l’égard des nombreux produits à base de carbone, qui saturent nos vies, des plastiques aux produits pharmaceutiques, en passant par les engrais et bien d’autres. Pour bien des citadins, quelque peu coupés de la nature, il était jusqu’à présent facile de l’ignorer. Ce n’est désormais plus possible, tant les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient. Chaque année, de nouveaux records de température sont battus, en 2020 ne fait pas exception. À égalité avec 2016, elle a été l’année la plus chaude jamais connue, avec des températures record dans tout le pays.
Carte bilan des désastres climatiques aux USA en 2020
Selon la NOAA (Administration nationale océanique et atmosphérique), 2020 a été l’année des extrêmes.
« L’année a été exceptionnellement humide dans le sud-est, où la Caroline du Nord a connu la deuxième année la plus humide jamais enregistrée, et extrêmement sèche dans le sud-ouest, où le Nevada et l’Utah ont été les États où la sécheresse a été la plus forte. Dix États du sud-ouest, du sud-est et de la côte Est ont connu la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée. »
Il y a eu les incendies massifs dans les États de l’ouest qui ont brûlé une superficie record de 4 millions d’hectares (plus de trois fois la superficie de l’Île-de-France). Sur la côte Est et les États du golfe (Texas, Louisiane, Mississippi, Alabama et Floride), la saison des ouragans a battu des records.
« L’une des caractéristiques les plus remarquables de la saison des ouragans 2020 dans l’Atlantique Nord a été son niveau d’activité extrêmement élevé. La saison a vu se développer 30 tempêtes nommées (ce sont les tempêtes dont la vitesse des vents dépasse 62 km/h), dont 13 ouragans (tempêtes avec des vents de 120 km/h ou plus) et six ouragans majeurs (avec des vents de 178 km/h ou plus). Cela fait de 2020 la saison la plus active jamais enregistrée… »
Le Midwest n’a pas été épargné non plus. En 2019, des inondations record pendant une sécheresse prolongée ont détruit les cultures et noyé plus d’un million d’animaux. En 2020, les sécheresses se sont poursuivies avec des inondations plus localisées et des événements météorologiques violents.
Un type de tempête appelé « Derecho » avec des vents de 160 km/h a déchiré l’Iowa, le Nebraska, l’Illinois et l’Indiana. Dans l’Iowa, environ 5,7 millions d’hectares de terres agricoles, soit plus d’un tiers des terres agricoles de l’État, ont été endommagés. Des centaines de millions de boisseaux de silos à grains de stockage commerciaux et des dizaines de millions de boisseaux de silos à grains de stockage à la ferme ont été perdus dans la tempête.
En 2020, 22 événements météorologiques extrêmes distincts ont causé des dommages matériels évalués à un milliard de dollars ou plus, pulvérisant le précédent record annuel de 16 événements survenus en 2011 et 2017. 2020 est la sixième année consécutive (2015-2020) au cours de laquelle 10 événements météorologiques et climatiques catastrophiques d’un milliard de dollars ou plus ont touché les États-Unis. La valeur monétaire des dommages estimés se situe entre 60 et 65 milliards de dollars.
Contrairement à d’autres régions du monde où les habitants comptent davantage sur les aliments produits localement, le système de distribution alimentaire américain a permis à la plupart des gens de continuer à manger. Mais pour les agriculteurs et ceux qui dépendent des aliments qu’ils cultivent, ce fut un désastre. Alors que les subventions agricoles vont principalement aux grandes entreprises agricoles, et que les subventions alimentaires sont réduites pour les personnes dans le besoin, 2021 fut une année sombre et terrifiante. Que nous réserve l’avenir ? Avec la destruction croissante des cultures et des terres fertiles, combinée à une approche non durable de l’agriculture industrialisée, les pénuries et la hausse des prix des denrées alimentaires ne vont pas tarder à arriver.
Bien sûr, pour ne rater aucune opportunité de profit alors que la crise climatique s’aggrave, la marchandisation de l’eau s’est encore accentuée. Des contrats à terme sur l’eau ont vu le jour à la bourse des matières premières, comme l’or, le maïs et d’autres choses sur lesquelles les investisseurs de Wall Street peuvent parier et qu’ils peuvent contrôler.
Dans l’ensemble, cette crise aux proportions extraordinaires est en train d’entrer dans les consciences : celles des populations directement touchées, bien sûr, mais aussi celles de ceux qui ont jusqu’à présent échappé à ses effets les plus dramatiques.
Le virus et ses effets
Les réponses à la crise sanitaire du coronavirus aux USA, comme dans la plupart des autres pays, n’a pas seulement été inadéquate. Elle a été criminelle.
Nul besoin de faire preuve d’une grande imagination pour deviner les raisons de cette politique criminelle. Il n’y a eu essentiellement aucune planification. Les programmes de santé publique et les autres services publics avaient subi d’énormes coupes budgétaires au cours de la dernière décennie. Ils n’étaient par conséquent pas préparés à réagir avec des programmes qui auraient limité et contenu la propagation du virus. Même quelque chose d’aussi simple que la production et la distribution de masques s’est avéré impossible pour ceux qui étaient censés superviser et planifier la politique sanitaire. Une infrastructure adéquate mise en place pour cette distribution aurait déjà fourni un réseau qui aurait pu être adapté pour la distribution et l’administration du vaccin. Cette ineptie et ce mépris flagrant pour la santé de la population ont suscité une profonde méfiance à l’égard des vaccins et beaucoup de gens, travailleurs de la santé et autres, refusent de se faire vacciner. Quand bien même ils l’auraient voulu, alors que les taux d’infection augmentaient dans tout le pays en janvier 2021, la plupart de ceux qui cherchaient à se faire vacciner n’y parvenaient pas.
Photo : queue pour la vaccination devant un hôpital du Texas
Bien sûr, la responsabilité en revient essentiellement au gouvernement fédéral et à la « réponse » de Trump, si on peut l’appeler ainsi. Inutile de discuter ni de décrire la façon dont il a politisé la propagation du virus, ses mensonges et déformations de la réalité, qui ont sapé le travail que les agences gouvernementales auraient pu mener. Nous l’avons vécu.
L’inaptitude dictatoriale de Trump était patente alors que jour après jour, il récitait des déclarations sur le virus dignes de petites comptines pour enfants. Les politiciens démocrates alternaient entre décrier les politiques de Trump, et exprimer leur gratitude lorsqu’une quelconque aide fédérale allait dans leur sens.
Le public devait faire avec des directives gouvernementales changeantes, qui n’avaient généralement pas ou peu de sens. Les zones rurales se voyaient imposer souvent les mêmes restrictions que les zones urbaines. Les installations publiques ont été rouvertes lorsque la contagion commençait à faiblir, puis fermées à nouveau lorsque la vague prévisible revenait. Il n’y a pas eu d’éducation systématique du public ni aucun effort coordonné.
Les travailleurs de première ligne ont été célébrés et jugés essentiels alors qu’ils étaient infectés, puis malades, avec un certain nombre de décès. Aujourd’hui, ces travailleurs essentiels sont considérés comme superflus alors que de nouveaux services publics sont supprimés et ils sont licenciés, tandis que beaucoup de ceux qui restent prennent des congés ou démissionnent par pur épuisement.
Aucune attention sérieuse n’a été accordée au développement de tests précis. Chaque résultat est un « peut-être ». Il n’y a pas non plus eu de campagne systématique de tests, qui nous aurait permis de comprendre la prévalence du virus et les niveaux d’exposition dans la population. La production de vaccins a été laissée à l’industrie pharmaceutique et, lors de leur mise en circulation, aucune évaluation avant et après la vaccination n’a été menée pour contrôler leur efficacité. Cela aurait pourtant été particulièrement utile avec l’apparition de nouvelles souches du virus.
Les priorités étaient claires dès le départ et le restent. Il s’agit d’abord du bien-être de la classe capitaliste et de son économie, y compris les profits des entreprises pharmaceutiques. Le 29 janvier 2021, il y avait plus de 25 millions de personnes infectées, et plus de 420 000 décès dus au Covid-19 aux États-Unis.
Que s’est-il passé avec l’économie ?
Il ne s’agit pas ici de fournir une analyse complète de l’économie américaine, mais de donner un aperçu de certaines des projections économiques. Tout en en connaissant les limites, car nous devons garder en mémoire les erreurs de telles projections réalisées avant le crash de 2008.
Nul doute que l’économie avant la crise du Covid était déjà fragile. 2020 avait en effet commencé, pour les économistes, par une attention anxieuse portée aux indicateurs économiques. Une grave récession avait été prédite pendant des mois, et 2020 semblait devoir être l’année de la crise. Mais personne n’avait prévu que ce petit virus en serait le catalyseur.
Pour beaucoup dans la classe ouvrière et pour une partie des classes moyennes, les effets de la crise économique de 2008-2009 se faisaient encore ressentir. Les très nombreuses saisies ont réduit à néant leur principale richesse – la valeur de leur maison. Beaucoup n’ont pas été en mesure d’acheter à nouveau un logement face à la montée en flèche des prix de l’immobilier. Quant à la hausse du marché boursier, elle ne les concernait pas, 84 % des actions étant détenues par les 10 % des Américains les plus riches.
L’endettement pèse lourdement sur les ménages américains. Comme l’ont montré les analyses de l’Aspen Institute et du Wall Street Journal, les dettes (non hypothécaires) dues aux emprunts à la consommation ont bondi depuis 2010, en particulier, dernièrement, les prêts étudiants (1 700 milliards de dollars) et les prêts automobiles (1 200 milliards de dollars). Près d’un ménage sur cinq vit désormais dans un état de « dette nette » ou presque, ce qui signifie qu’il doit plus que ce qu’il possède.
Que nous réserve l’avenir ? En ce qui concerne l’année 2021, le principal économiste de J.P. Morgan Chase (grand holding financier des USA – NdT), Michael Feroli, a déclaré que la poursuite de la pandémie entraînera davantage de licenciements et un ralentissement de l’activité économique au cours des trois premiers mois de 2021, ce qui se traduira par une baisse de la production de 50 milliards de dollars. Cela représente une baisse d’environ 1 % du PIB (Produit intérieur brut – la valeur totale des produits et services fabriqués aux États-Unis).
Mark Zandi, économiste en chef de Moody’s Analytics, a déclaré qu’il s’attendait à ce que l’économie se contracte à un taux annuel de 1,5 %, ce qui équivaut à une baisse de 25 milliards de dollars du revenu national par mois au premier trimestre de l’année prochaine.
Ce ne sont là que les prédictions de deux des meilleurs économistes de la bourgeoisie.
Une autre préoccupation concernant l’économie est également liée au montant de la dette par rapport au PIB. Selon un article d’août 2020 du magazine Forbes :
« Une façon d’examiner la dette publique est de la rapporter au PIB d’un pays. Il s’agit de comparer la dette d’un pays à la valeur totale de ce qu’il produit au cours d’une année. À cet égard, la dette américaine était en forte hausse avant même la crise du Covid-19. Le ratio dette/PIB a atteint 50 % au début des années 1990, puis 90 % au sortir de la récession de 2008, et n’a cessé d’augmenter depuis. Avant la crise du Covid-19, la dette américaine était estimée à 109 % du PIB. Elle est beaucoup plus élevée aujourd’hui. Le PIB a diminué et les mesures de relance avoisinent les 3 000 milliards de dollars, et d’autres sont potentiellement à venir. Selon les estimations de Fitch, la dette par rapport au PIB pourrait dépasser 130 % aux États-Unis d’ici 2021. C’est plus du triple de ce qu’elle était dans les années 1970 et 1980, lorsque le ratio était plus proche de 40 %. » (Fitch Ratings Inc. est une agence de notation de crédit américaine et l’une des « trois grandes agences de notation de crédit » désignées par la Commission des valeurs mobilières des États-Unis).
Certains économistes ne s’inquiètent pas de ce niveau d’endettement, car ils considèrent que c’est le moyen le plus rapide de stimuler les dépenses et de relancer l’économie.
D’autres économistes voient la situation actuelle d’un œil plus positif, en observant le marché boursier (le Dow Jones Industrial Average) qui a récemment dépassé les 31 000 points. Selon eux, cela témoignerait d’un « optimisme des investisseurs » plutôt que de l’activité d’investisseurs disposant de fortes liquidités, qui peuvent emprunter au gouvernement à des taux d’intérêt incroyablement bas, jouer en bourse ou acheter des entreprises, les conserver ou les diviser et les vendre. Le 15 mars, la Réserve fédérale a annoncé qu’elle allait réduire son taux d’intérêt cible à 0,25 % pour « soutenir l’économie ». Peut-on imaginer qu’une politique de prêt similaire soit appliquée à la classe ouvrière plutôt qu’à la classe des propriétaires ?
Ces économistes enthousiastes évoquent l’année 2020 au cours de laquelle 45 000 transactions ont été réalisées, pour une valeur de 3 400 milliards de dollars provenant de l’achat, de la vente ou de la fusion d’entreprises. Les sept plus grandes transactions aux États-Unis ont été réalisées par sept sociétés achetant sept autres sociétés dans des transactions totalisant 211 milliards de dollars. Par exemple, Slack a été acheté par Salesforce pour 27,7 milliards de dollars !
Ainsi, avec l’envolée de la bourse et l’absorption d’autres entreprises, les plus riches dans le monde et aux États-Unis se sont bien portés. Entre le 18 mars et le 21 décembre, la fortune d’Elon Musk (Tesla & SpaceX) a augmenté de 524 %, soit 128 milliards de dollars ! La fortune de Jeff Bezos (Amazon) a augmenté de près de 74 milliards de dollars. Selon Oxfam, « Bezos pourrait personnellement verser à chacun des 876 000 employés d’Amazon une prime unique de 105 000 dollars aujourd’hui et être aussi riche qu’il l’était au début de la pandémie. » Ou simplement prendre ces 74 milliards de dollars et donner à chacun environ 84 000 dollars.
Ces deux-là ne sont pas seuls : les milliardaires américains ont vu leur richesse augmenter de 1 000 milliards de dollars au total. Les économistes peuvent se réjouir, mais cela ne représente pas un seul dollar dans la poche des travailleurs ou de la classe moyenne.
La classe capitaliste n’a pas seulement amassé une énorme quantité de richesses personnelles pendant la pandémie. Ces capitaines de la finance et de l’industrie se sont également occupés à restructurer l’économie. Un secteur, l’industrie du commerce de détail, a été secoué au plus profond de lui-même, les achats physiques en magasin ayant chuté de façon spectaculaire pendant la pandémie. Les grandes chaînes ferment des magasins dans tout le pays et un certain nombre d’entre elles déclarent faillite pour protéger leurs investissements.
Men’s Wearhouse, par exemple, a déposé le bilan et ferme 500 magasins. GNC a également déclaré faillite et est en train de fermer jusqu’à 1 200 magasins. En juin 2020, Walmart a fermé 154 sites dans 26 États des États-Unis, licenciant près de 10 000 salariés. Dans la ville de New York, plus de 1 000 chaînes de magasins, soit un peu moins d’un magasin sur sept, ont fermé définitivement ou temporairement en 2020. Les faillites deviennent de plus en plus fréquentes.
Ces fermetures bouleversent le secteur du commerce de détail dans une grande partie du pays. Plus de 50 % des grands magasins installés dans des centres commerciaux vont fermer définitivement d’ici la fin de l’année prochaine 2021. Ce processus était déjà en cours en 2019, lorsque Crédit Suisse prédisait qu’un centre commercial américain sur quatre fermerait d’ici 2022.
Et il ne s’agit pas seulement des grandes chaînes de magasins. Une étude récente estime que plus de 100 000 petits commerces américains, soit 2 % du total, ont définitivement mis la clé sous la porte en raison des fermetures dues à la crise du Covid.
La National Restaurant Association a indiqué en septembre que la pandémie avait entraîné la fermeture de 100 000 restaurants au cours des six premiers mois, soit environ un restaurant sur six. Selon ce rapport, 40 % des restaurateurs ont déclaré qu’il était peu probable qu’ils soient encore en activité dans six mois. Deux petites entreprises sur cinq appartenant à des Noirs ont été contraintes de fermer en avril. Parmi les autres, c’est une sur cinq qui a été contrainte de fermer. Pour elles, le sauvetage de Biden arrivera trop tard.
Les pertes d’emplois dans le commerce de détail et la disparition de ces petites entreprises vont modifier le paysage des villes et des villages. Les zones rurales et semi-rurales vont être encore plus marginalisées. Au cours des deux dernières décennies, Walmart ou d’autres grands magasins se sont installés dans ces zones et ont offert un « guichet unique » à des prix bien inférieurs à ceux que les petits magasins pouvaient proposer. Lorsque ces géants fermeront, il n’y aura plus d’endroit où faire ses courses à des kilomètres à la ronde. Pour aggraver les choses, d’innombrables personnes dans ces régions n’ont pas accès à Internet pour commander en ligne, et si elles le font, beaucoup seront certainement en dehors des zones de livraison de Walmart, Amazon, Target, Costco et autres plateformes en ligne.
Le passage aux achats sur Internet produira un énorme effet sur les modes de consommation et de production. Les fabricants et les centres de distribution profitent de cette période pour réorganiser la production, accroître l’automatisation et intégrer davantage de robotisation (grâce notamment à l’intelligence artificielle), ainsi que pour consolider et déplacer les installations afin de mieux s’aligner sur les chaînes d’approvisionnement et les réseaux de distribution actuels.
Voilà pour eux… et nous dans tout cela ?
En décembre 2020, les statistiques gouvernementales ont estimé le taux de chômage réel à 11,7 %, soit 19 millions de personnes. Ces statistiques sont, comme chacun sait, sous-évaluées. En octobre, 26 millions de personnes percevaient des allocations de chômage et beaucoup d’autres n’étaient pas éligibles en raison notamment de leur statut juridique, de l’absence de déclaration d’impôts.
La récession a frappé le plus durement les couches les plus pauvres de la classe ouvrière. Selon une étude du Washington Post du 30 septembre 2020, « l’effondrement économique provoqué par la pandémie a déclenché la récession la plus inégalitaire de l’histoire moderne des États-Unis, offrant un léger revers à ceux qui se trouvent au sommet ou près du sommet et un coup semblable à une dépression pour ceux qui sont au bas de l’échelle ». Les emplois à basse rémunération ont été supprimés environ huit fois plus vite que les emplois à haut revenu. En août, l’emploi des travailleurs à basse rémunération était encore en baisse de plus de 20 % par rapport à l’été précédent, et d’environ 10 % pour les travailleurs à rémunération moyenne (payés entre 14 et 24 dollars de l’heure).
La plupart des récessions, y compris la grande récession de 2008-2009, ont eu un effet négatif sur les emplois dans les secteurs de la fabrication et de la construction. La récession actuelle se manifeste de façon différente : neuf des dix secteurs les plus durement touchés sont des secteurs de services. De 2010 au début de 2020, 22,5 millions d’emplois ont été créés, dont 18,9 millions dans les services. C’est là que la majorité des travailleurs licenciés à la suite de la récession de 2008-2009 avaient trouvé un emploi. Aujourd’hui, ils sont à nouveau touchés. On s’attend à ce qu’un nombre important de ces emplois à bas salaire ne reviennent pas, avec des restaurants et des lieux de divertissement qui mettent la clé sous la porte.
Dans un pays divisé par la race et l’ethnicité, certains travailleurs sont plus durement touchés que d’autres
Comme d’habitude, les effets de la crise sont aggravés par les différences raciales : les travailleurs noirs et latino-américains sont durement touchés, et les femmes plus durement encore. Il est évident que les travailleurs du « secteur informel », dont de nombreux sans-papiers, ont été dévastés.
Facteurs raciaux
Comme toujours, la race est un facteur majeur dans l’accès aux richesses.
Quelques statistiques du Pew Research Center : Chiffres de 2019, avant la récession
| Latino-américains | Noirs | Asiatiques | Blancs | |
| Revenu du ménage (milliers de dollars) | 59 | 57 | 105 | 91 |
| Taux de pauvreté | 16 % | 19 % | 7 % | 7 % |
| Richesse médiane (dont biens immobiliers, milliers de dollars) | 36 | 24 | – | 189 |
| Taux de propriétaires de la résidence principale | 50 % | 46 % | 61 % | 75 % |
D’après une étude du Pew Research Center de mai 2020 :
| Latino-américains | Noirs | Asiatiques | Blancs | |
| Taux de chômage (%) | ||||
| Femmes | 19,5 | 17,2 | 16,7 | 11,9 |
| Hommes | 15,5 | 15,8 | 13,3 | 9,7 |
La plupart des travailleurs des autres secteurs de l’économie n’ont pas bénéficié d’augmentations de salaire permettant de suivre l’augmentation du coût de la vie. En outre, le coût des prestations et des frais de santé n’a cessé d’augmenter. Dans certaines villes, le coût du logement a grimpé en flèche, poussant les gens à partir et les obligeant à faire de longs trajets pour se rendre au travail –généralement en voiture en raison du manque d’infrastructures de transport en commun.
Les travailleurs des plateformes
Une nouvelle attaque contre les travailleurs a pris la forme d’une proposition de vote en Californie lors des élections de 2020. Lyft, Uber et d’autres sociétés ont mené une campagne de 200 millions de dollars pour convaincre les électeurs que la « flexibilité » du travail était bonne pour les travailleurs. La proposition 22 a été adoptée par les électeurs californiens, annulant une loi qui classait les chauffeurs des sociétés de transport et de livraison basées sur des applications, comme Uber et Lyft, comme des « employés ». La proposition change leur statut en « entrepreneurs indépendants », ce qui signifie que les employeurs n’ont pas à leur fournir les avantages sociaux obligatoires. Peu après l’adoption de la proposition, Albertsons, la deuxième plus grande chaîne d’épicerie du pays, a remplacé un grand nombre de ses chauffeurs de livraison syndiqués par Door Dash et d’autres travailleurs indépendants. La bataille autour de cette nouvelle proposition a modelé la loi, et une extension de cette logique pourrait être à l’horizon.
Les effets de la crise
Insécurité alimentaire
Près d’un ménage sur huit en Amérique a du mal à remplir ses assiettes. Les longues files d’attente dans les centres de distribution alimentaire n’ont cessé de s’allonger et les demandes d’aide alimentaire ont augmenté de 2 000 % dans certains États.
Soins de santé
La Kaiser Family Foundation estime que 27 millions d’Américains ont perdu leur couverture sociale pendant la pandémie. On estime aussi que 16 % de la population adulte n’est pas assurée. Au Texas, trois personnes sur dix ne sont pas assurées.
Logement
Pour les millions de personnes qui sont au chômage, qui travaillent à temps partiel ou dont l’emploi est précaire, la question du logement est comme une épée suspendue au-dessus de leur tête. Avant la pandémie de Covid-19, les familles avaient déjà du mal à assumer le coût de leur logement. Plus de 18 millions de ménages – soit un sur six – consacraient plus de la moitié de leur revenu au logement. Malgré les moratoires sur les loyers, les propriétaires de tout le pays, en particulier les gros propriétaires fonciers, ont demandé des expulsions. Des milliers de personnes ont été expulsées lorsqu’elles ne pouvaient pas payer leur loyer, ou lorsqu’elles ne connaissaient pas leurs droits.
Six millions de personnes n’ont pas pu payer leur logement en septembre 2020. En décembre 2020, Moody’s Analytics a constaté que des millions d’Américains ont, en moyenne, près de 6 000 dollars de retard dans le paiement de leur loyer. L’Aspen Institute estime que 30 à 40 millions de personnes pourraient être menacées d’expulsion au cours des prochains mois. Selon le National Council of State Housing Agencies, en janvier 2021 le montant des loyers impayés à l’échelle du pays tout entier s’élèverait à 34 milliards de dollars. Comment payer des loyers de plus en plus élevés lorsque l’on est au chômage ou que l’on travaille à temps partiel ?
Ce problème ne concerne pas uniquement les locataires. En septembre, 9 % des 48 millions de propriétaires du pays ayant un prêt hypothécaire étaient en retard dans leurs paiements, selon une enquête du Census Bureau. Fin octobre 2020, près de 6 % des personnes ayant un prêt hypothécaire avaient conclu des accords avec leur banque pour interrompre ou réduire temporairement leurs paiements.
Le logement est également un problème de santé, littéralement une question de vie ou de mort. C’est pourquoi le CDC (Center for Disease Control) a pu imposer des moratoires sur les loyers. Mais ceux-ci ont bien souvent été de courte durée : sur les 44 États qui avaient mis en place des moratoires sur les expulsions depuis mars, 27 les ont levés avant septembre 2020. Selon une étude récente, cela a entraîné environ 433 700 cas supplémentaires de Covid-19 et 10 700 décès.
Cette crise pourrait bien être une nouvelle aubaine pour les vautours millionnaires du secteur du logement. Lors de la dernière crise financière, par exemple, le secrétaire au Trésor de Trump, Steven Mnuchin, avait acheté une banque en faillite qui détenait des prêts hypothécaires et saisissait ensuite les propriétaires. Lorsque les maisons ont repris de la valeur, il a gagné des millions.
Sans-abri
En 2019, 567 715 personnes ont été recensées comme sans-abri, dont plus de 65 000 dans le comté de Los Angeles et plus de 150 000 dans toute la Californie. Ce nombre devrait avoir augmenté de 45 % en 2020, mais le comptage annuel de janvier n’a pas été effectué à cause de l’épidémie.
Autres conséquences sociales
Les jeunes
La plupart des écoles étant fermées, de nombreux jeunes sont isolés et coupés de leurs amis. Les activités sportives, les clubs, les sorties et autres activités collectives n’ont, pour la plupart, pas pu avoir lieu. Cette situation fait des ravages, et de nombreux récits font état d’une augmentation des problèmes psychologiques graves, dont certains aboutissent à des suicides. Le CDC signale que les suicides et les surdoses de drogue ont dépassé le taux de mortalité du Covid-19 chez les lycéens. (Ces données doivent être prises avec prudence, car il est possible que le CDC ait subi des pressions de la part de Trump pour exagérer les conséquences psychologiques des fermetures chez les jeunes, afin de soutenir sa volonté d’ouvrir les écoles. Il n’en reste pas moins qu’il existe une réelle inquiétude quant au bien-être psychologique de nombreux jeunes).
Nous sommes des êtres sociaux. Quelle que soit l’emprise que les technologies numériques exercent sur les jeunes générations, le virus produit des effets graves, non seulement sur leur instruction, mais aussi sur leur socialisation.
La position sociale est aussi un facteur d’inégalités : tout le monde ne dispose pas d’un ordinateur et d’un accès à l’internet (surtout à haut débit), ou d’un endroit tranquille où lire ou se concentrer sur un enseignement en ligne.
Lorsque la pandémie a commencé, 94 000 habitants d’Oakland en Californie (soit 22 % de la population de la ville), n’avaient pas accès à Internet. Évidemment, ce chiffre n’inclut pas les milliers de sans-abris ou de personnes qui n’ont pas de logement stable. La moitié des 50 000 étudiants n’avaient pas d’accès à Internet à leur domicile. Les dons d’ordinateurs et de connexions Internet ont quelque peu amélioré la situation, mais la fracture sociale persiste. Près des trois quarts des élèves d’Oakland sont admissibles au déjeuner gratuit et réduit, offert aux ménages à faible revenu.
Selon une enquête de 2018, sur 96 000 foyers de Baltimore (État du Maryland sur la côte Est), 40,7 % n’avaient pas de service internet, et quelque 75 000, soit un sur trois, n’avaient ni ordinateur de bureau ni ordinateur portable. Cette situation s’est quelque peu améliorée grâce à un meilleur accès aux ordinateurs portables et au soutien des écoles pour l’accès direct à l’internet ou à des hotspots pour les familles de trois enfants ou plus. Mais la fracture numérique pèse lourd car, même avec un accès à l’internet, les problèmes techniques et les frustrations dues aux difficultés d’usages rendent parfois impossible le fait de se connecter à un cours en ligne.
Cette fracture numérique est aussi un grave problème dans de nombreuses zones rurales. En 2019, 73 % des adultes américains disposaient d’une connexion à haut débit à leur domicile. Mais seulement environ 63 % des Américains ruraux ont un accès Internet, et il est généralement beaucoup plus lent. Lorsque les écoles ferment, cela signifie que ces enfants dans les zones rurales sont extrêmement isolés et n’ont pas accès aux enseignements en ligne.
Prisons
Les millions de personnes emprisonnées aux États-Unis subissent rien de moins qu’une punition cruelle et inhabituelle, qui équivaut à de la torture ou à un meurtre. Les prisons et les établissements pénitentiaires ont été le lieu de plus d’un demi-million d’infections au Covid-19 déclarées – 566 804 pour être exact – rien qu’en mai, juin et juillet 2020. Aux États-Unis, un prisonnier sur cinq aurait été infecté par le Covid-19. Et encore, ces chiffres sont sans doute « fortement sous-estimés » selon Homer Venters, l’ancien médecin en chef du complexe pénitentiaire de Rikers Island à New York.
En 2020, la prison de San Quentin, dans la baie de San Francisco, était déjà surpeuplée. Contrairement à certaines autres prisons californiennes, aucun cas d’infection au Covid n’a été signalé au début de la pandémie à San Quentin. Le service en charge des prisons en Californie a décidé de faire face à l’épidémie de Covid dans la prison de Chino en déplaçant certaines personnes vers d’autres prisons. Les 121 personnes transférées de Chino à San Quentin n’ont pas été testées ni mises en quarantaine. Et c’est ainsi que la situation attendue s’est produite. Plus des deux tiers des 3 300 détenus de San Quentin ont été infectés. On compte près de 1 000 cas actifs et 28 décès à ce jour (fin janvier 2021). La Californie n’exécute plus ouvertement les détenus, mais la surpopulation tue. Les conditions de surpopulation et l’absence de protocoles d’assainissement systématiques seront aggravées par le fait que les personnes incarcérées ne figurent pas parmi les premières à recevoir le vaccin. Au 28 janvier, 184 personnes incarcérées dans les prisons californiennes sont mortes du Covid-19.
Les effets sur la santé mentale
Selon le CDC, à la fin du mois de juin 2020, 40 % des adultes américains ont déclaré avoir des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie.
Consommation de drogues et overdoses
Les overdoses ont augmenté de 21,3 % à la mi-2020. À San Francisco, 699 personnes sont mortes d’overdoses en 2020, contre 441 en 2019. Les autres villes du pays font état de taux similaires.
Suicide
Les statistiques actuelles sur le suicide sont incomplètes et sont compilées à partir des rapports des hôpitaux et des agences de santé locales. Avant la pandémie, le suicide était la dixième cause de décès, 123 Américains se suicidant chaque jour. Les conditions d’isolement et de désespoir qui sont devenues courantes pendant la pandémie contribuent largement au suicide.
Entre le 15 mars et le 29 avril 2020, autant de personnes se sont suicidées dans le Queens, à New York, qu’entre le 1er janvier et le 29 avril 2019. Le comté de Dane, où se trouve la capitale du Wisconsin, Madison, avait connu 57 suicides au début du mois d’octobre 2020, soit plus que le nombre total de suicides en 2019 (54). Quinze de ces suicides ont été ceux de jeunes de moins de 25 ans, soit près du double du total de 2019 (8). Les taux de suicide ont augmenté dans deux comtés de Floride – Escambia (13 %) et Santa Rosa (20 %) – ce qui, selon certains experts en santé mentale, est le résultat direct des stress liés à la pandémie, à l’isolement et aux retombées économiques provoquées par le coronavirus. Des rapports provenant de tout le pays reflètent des augmentations similaires.
Selon une enquête menée par le CDC à la mi-juin 2020, près de 11 % de l’ensemble des personnes interrogées déclaraient avoir « sérieusement envisagé » le suicide au cours des 30 derniers jours. Pour les personnes âgées de 18 à 24 ans, ce chiffre était de 1 sur 4 – plus de deux fois plus élevé.
Homicides
Fin 2020, la police de Chicago a signalé plus de 750 meurtres, soit un bond de plus de 50 % par rapport à 2019. À la mi-décembre, Los Angeles connaissait une augmentation de 30 % par rapport à l’année précédente avec 322 homicides. La ville de New York comptait 437 homicides au 20 décembre, soit près de 40 % de plus que l’année précédente.
Il en a été de même dans de nombreuses autres villes et localités du pays. Début octobre 2020, les rapports de 57 villes faisaient état d’une augmentation des meurtres de 36,7 %.
Cambriolages et petits vols
Ils sont en baisse. Les quarantaines ont gardé les gens chez eux, ce qui a rendu les effractions plus difficiles, et quand les magasins sont fermés, il n’y a pas de vols à l’étalage.
Maltraitance des enfants et violence conjugale
Les signalements aux États-Unis sont en baisse, mais dans d’autres parties du monde, qui disposent de plus de systèmes de soutien aux personnes victimes d’abus, il y a eu une augmentation spectaculaire. L’hypothèse est qu’aux États-Unis, il y a moins de signalements parce que l’isolement empêche qu’il y ait des témoins remarquant les signes de maltraitances – amis, enseignants, travailleurs sociaux et autres. Or ce sont souvent les témoins qui signalent les violences, et qui permettent aux femmes ou aux enfants maltraités de quitter leur domicile. Partir de chez soi sans savoir où aller peut être plus effrayant encore que d’endurer des violences.
Situation politique actuelle
L’élection de 2020 est désormais connue sous le nom de l’élection sans fin. La campagne avait commencé le jour où Trump a remporté l’élection en novembre 2016. Clinton avait remporté le vote populaire par près de 2,9 millions de voix. Mais Trump avait remporté le vote du collège électoral. Dès le premier jour, Trump avait affirmé qu’il avait remporté la majorité des votes et qu’il avait été victime de fraudes – un argument qu’il a mobilisé à plus large échelle encore en 2020. Les quatre années suivantes ont été une campagne visant à bouleverser la politique nationale, les républicains contrôlant les trois organes du gouvernement fédéral et bloquant toutes les tentatives politiques des démocrates. La situation a changé lors des élections de 2018, les démocrates ayant remporté la majorité à la Chambre des représentants, ce qui a reflété une sorte de déclin du soutien à Trump dans la population. C’est alors qu’a commencé la tentative, fastidieuse et en définitive ratée, des démocrates de destituer Trump.
La domination de Trump sur le Parti républicain ne laissait aucun doute quant à l’identité du candidat républicain à la présidence. Pour les démocrates, la situation était différente. Il y avait 18 candidats au départ des primaires. Ils ont été abandonnés au fur et à mesure que les primaires se poursuivaient, Bernie Sanders étant le candidat principal face à Elizabeth Warren. L’establishment du parti a refusé de soutenir Sanders et a concentré son soutien sur Biden. Warren et d’autres loyalistes du parti ont abandonné en faveur de Biden. La primaire de Caroline du Sud, qui était un indicateur du vote des Noirs dans le Sud, a été un tournant pour Biden. Avec le soutien de Jim Clyburn, le très influent représentant de la Caroline du Sud à la Chambre des représentants des États-Unis, le succès de Biden aux primaires de Caroline du Sud lui a permis de décrocher l’investiture présidentielle. Sanders s’est retiré peu après.
Ce fut une grande déception pour les millions de personnes qui avaient soutenu Sanders et contribué à sa campagne, pour laquelle Sanders a reçu plus de contributions que n’importe quel autre candidat. Sa campagne, qui promettait un réel changement par rapport aux autres candidats, suscitait de fortes aspirations. Des milliers de personnes s’étaient mobilisées dans tout le pays, dont beaucoup pour la première fois, pour téléphoner et, jusqu’à la pandémie, faire campagne dans des lieux publics. La nomination de Biden en a découragé plus d’un. Et ceux qui ont rejoint la campagne de Biden l’ont très probablement fait avec peu d’espoir autre que celui d’évincer Trump.
L’élection de 2020 a mobilisé les démocrates et les républicains de tout le pays dans la lutte électorale pour contrôler la présidence et le Sénat. Selon les registres officiels, près de 14 milliards de dollars ont été dépensés, ce qui en fait la campagne la plus coûteuse de l’histoire des États-Unis.
L’élection a reflété la profonde polarisation de la population. Trump a déployé des efforts considérables pour gagner. Les républicains ont redoublé d’efforts afin de supprimer des électeurs, mettant à profit leur contrôle du système électoral dans divers États pour éliminer des centaines de milliers d’électeurs des listes électorales – principalement des Noirs et des Latinos. Trump a contesté le droit des États à utiliser les bulletins de vote par correspondance. Avec son ministre des Postes, ils ont tenté de perturber le fonctionnement du service postal des États-Unis dans le traitement des bulletins de vote par correspondance. Ils ont éliminé de nombreux lieux de vote dans certains États contrôlés par les républicains où se trouvaient des concentrations d’électeurs démocrates – assez souvent dans les communautés noires. Malgré ces tentatives et d’autres tentatives de subversion des électeurs pendant la pandémie, il y a eu une participation record avec 26,6 millions de personnes de plus qui ont voté que lors de l’élection présidentielle de 2016, y compris une augmentation du nombre d’électeurs noirs et latinos soutenant Trump. Biden a dominé l’élection, remportant le vote populaire par sept millions de voix et le vote du collège électoral par 306 voix contre 232 pour Trump.
Trump a néanmoins refusé d’accepter les résultats, affirmant que l’élection avait été truquée et que sa victoire avait été volée. Il a utilisé des millions de dollars des fonds de sa campagne pour intenter 62 procès dans des États où il avait perdu le vote populaire par une marge assez faible. Toutes les actions en justice, sauf une, ont échoué. En outre, Trump a intimidé et menacé les responsables électoraux dans certains États où le vote était serré, comme la Géorgie, en les pressant de « trouver » les votes qui feraient de lui le vainqueur dans cet État. Toutes ces stratégies ont échoué, mais cela n’a pas arrêté ses revendications.
Il s’est tourné vers ses partisans, envoyant des tweets et organisant des rassemblements, attaquant les démocrates, les accusant d’avoir volé l’élection. Malgré le fait qu’il ait perdu – et en dépit du temps considérable qu’il a passé sur un terrain de golf – Trump est resté sous les feux de la rampe, les grands médias lui accordant une couverture – tant positive que négative. Au cours des trois semaines qui ont suivi l’élection, il a collecté 207,5 millions de dollars auprès de personnes qui souhaitaient qu’il poursuive son combat, la plupart provenant de petits donateurs, mais aussi, évidemment, de très gros.
Le 6 janvier, lors du dernier et du plus médiatisé des rassemblements organisés par Trump, environ 10 000 de ses partisans se sont réunis à Washington pour écouter son appel à reconquérir la démocratie. C’était le jour où les deux chambres du Congrès, le Sénat et la Chambre des représentants, tenaient une session conjointe pour certifier les votes du collège électoral afin de déclarer officiellement le vainqueur.
À la fin du rassemblement, Trump a appelé les personnes présentes à marcher sur le Capitole pour empêcher la certification de l’« élection volée », et a dit qu’il se joindrait à eux (ce qu’il n’a bien sûr pas fait, préférant retourner à la Maison-Blanche pour regarder le résultat à la télévision). Des centaines de personnes ont défilé jusqu’au Capitole. Environ 400 personnes, pour la plupart liées à des groupes fascistes ou d’extrême droite, sont parvenus à pénétrer dans le bâtiment. Ils ont fait fermer le Congrès pendant quelques heures, empêchant la certification de l’élection, et saccageant certains bureaux de membres du Congrès. Cinq personnes sont mortes dans la mêlée, l’une d’entre elles a été abattue par un policier, un autre a été tué et trois autres ont succombé à des urgences médicales. Depuis lors, deux agents de la police du Capitole se sont suicidés.
L’événement a suscité beaucoup d’attention, certains affirmant qu’il s’agissait d’une insurrection et d’une tentative de coup d’État. Cela a suffi pour que 25 000 membres de la garde nationale et qui sait combien d’autres forces armées de l’État soient mobilisés pour protéger la cérémonie d’investiture présidentielle deux semaines plus tard de la menace de perturbation par des forces qui ne se sont jamais présentées. Des préparatifs similaires ont été effectués avec l’érection de clôtures et une présence policière pour protéger les capitales d’État dans tout le pays. Dans l’ensemble, les forces d’extrême droite ne sont pas venues et la journée a été calme.
Nous avions déjà assisté à un galop d’essai de ce type d’action à la fin du mois d’avril 2020. Des groupes (sans doute pour certains identiques à ceux impliqués dans l’attaque du Capitole à Washington) avaient pris d’assaut le Capitole de l’État du Michigan, armes à la main, à la suite de l’appel lancé par Trump mi-avril pour « libérer » le Michigan, le Minnesota et la Virginie. Depuis un certain temps déjà, Donald Trump s’en prenait aux gouverneurs de ces États sur Twitter, car ils osaient contredire le déni présidentiel des effets du virus. L’action d’avril avait été suivie en octobre d’une tentative avortée de kidnapper le gouverneur du Michigan. Trump avait aussi encouragé ces groupes en demandant au département de la sécurité intérieure de dresser un portrait favorable de Kyle Rittenshouse, le jeune de 17 ans qui avait tué deux personnes lors de la manifestation Black Lives Matter à Kenosha à l’été 2020.
Les actions de ces groupes fascistes et autres groupes d’extrême droite ont révélé ce que nous savions depuis un certain temps. Pour l’instant, la plupart d’entre eux ne semblent pas faire grand-chose d’autre que d’attirer l’attention des médias afin de recruter, et de s’engager dans des escarmouches avec des groupes antifas. Cela ne signifie pas qu’ils sont incapables d’inciter et de commettre des actes violents, ou qu’ils ne peuvent pas se développer. Compte tenu de leurs pratiques organisationnelles très secrètes, il est difficile d’estimer leur taille. Les Oath Keepers, comme d’autres groupes qui s’identifient comme faisant partie du « mouvement patriote », se revendiquent politiquement comme de simples défenseurs de la démocratie, même s’il est clair qu’ils sont de fervents défenseurs des courants politiques d’extrême droite. Ils revendiquent plus de 10 000 membres à travers le pays, parmi lesquels d’anciens et actuels militaires ou membres de forces de l’ordre.
Ces groupes d’extrême droite ne sont pas représentatifs de la plupart des 74 millions de personnes qui ont voté pour Trump lors de cette élection. Mais ils s’adressent à un large éventail de partisans de Trump, et ils pourraient être en mesure de recruter en alimentant les craintes des gens face à l’avenir et au prétendu socialisme de Biden.
La base la plus solide de Trump se trouve dans les zones rurales et semi-rurales, où agriculteurs et éleveurs dominent, et dont l’économie repose sur l’extraction de matières premières – mines, pétrole, gaz naturel et exploitation forestière. La population est majoritairement blanche et âgée. Elle s’identifie comme chrétienne, avec de nombreux évangéliques qui se considèrent comme « born again ». Cela représente 20 % de la population totale des États-Unis et s’étend également à certaines petites villes. La principale source d’information de nombre de ces Américains provient des médias de droite – les journaux locaux, les réseaux de radio et de télévision de Fox, One America News Network, le Sinclair Broadcast Group et d’autres plus petits groupes médiatiques. Ceux qui ont accès à Internet peuvent aussi consulter de nombreux sites qui soutiennent et développement les peurs et les fantasmes que ces médias diffusent.
Une autre importante fraction de la base de Trump se trouve dans les anciens centres industriels, les zones urbaines qui ont été dévastées par les fermetures d’usines ou leur délocalisation dans d’autres pays et dans le sud des États-Unis. La promesse de Trump de ramener l’industrie manufacturière aux États-Unis, aussi creuse soit-elle, leur a donné de l’espoir, contrairement à ce qu’ils considèrent comme le soutien des démocrates aux politiques qui ont causé leur misère. Ces attitudes sont également partagées par de nombreux travailleurs qualifiés, principalement, mais pas uniquement, des travailleurs blancs.
L’élection a touché au-delà de la base de Trump. Selon le Guardian et d’autres sources, par rapport à l’élection de 2016, lors de l’élection de 2020, Trump a obtenu quatre pour cent de plus du vote afro-américain, trois pour cent de plus du vote latino-américain et cinq pour cent de plus du vote asiatique-américain. Un plus grand pourcentage de femmes, tant noires que blanches, a voté pour Trump. Il aurait en revanche perdu trois pour cent des votes des hommes blancs au profit des démocrates.
La fin de la présidence Trump
Le Parti républicain est en pleine mutation ou désarroi. La domination absolue de Trump sur le parti est désormais remise en question. Certains politiciens républicains qui faisaient partie de ses fidèles partisans, soit par accord politique, soit par crainte d’être attaqués ou malmenés par Trump et de perdre son soutien, ont pris un peu de distance. Certains représentants de la Chambre et du Sénat, ainsi que l’ancien vice-président Pence, sont allés à l’encontre de l’appel de Trump à bloquer la certification de l’élection. Pence a assisté à l’investiture de Biden. Quant à Mitch McConnell (chef du groupe républicain au Sénat), il a même déclaré que Trump était responsable de la débâcle au Capitole et a accueilli Biden et Harris après leur investiture. Cela dit, il y a encore d’irréductibles élus partisans de Trump, dont certains ont rejoint ceux qui ont occupé le Capitole le 6 décembre, et seuls cinq sénateurs ont voté avec les démocrates pour poursuivre le procès en destitution de Trump. Cette attitude signifie sans doute moins un soutien à Trump qu’une tentative de rassembler les forces républicaines contre les démocrates et de conserver une partie substantielle de la base de Trump comme bloc électoral républicain.
Trump ne peut plus utiliser la présidence pour dominer les médias. Mais la décision des démocrates de le mettre en accusation pourrait lui fournir une plateforme au lieu de le discréditer auprès de ses partisans. Il a été exclu de Facebook pour une durée indéterminée, et son ou ses comptes Twitter continuent d’être suspendus. De nombreux relais de droite et d’extrême droite continuent de le soutenir sur Internet, et par le biais des médias de droite ayant pignon sur rue.
Malgré la tentative de Biden d’effacer une partie de l’ardoise de Trump avec ses décrets, une partie de son héritage demeure. Ses trois nominations à la Cour suprême ont assuré une majorité conservatrice. Il a nommé 231 juges réactionnaires dans les tribunaux fédéraux du pays (dont neuf ont été jugés incompétents par l’American Bar Association) et a procédé à 27 nominations dans des tribunaux fédéraux moins connus. Plus d’un quart des juges fédéraux actuellement en poste ont été nommés par Trump.
Là où il a le plus gagné en influence au cours des quatre dernières années, c’est au sein du Parti républicain. Il a solidifié une base autour de lui qui, avec les centaines de millions de dollars qu’il a levés, fait de lui un acteur très important pour l’avenir. Une grande partie de sa base le considère comme un leader, car ses positions semblent rejoindre les éléments clés du programme évangélique chrétien. Il incarne une plateforme conservatrice, chrétienne fondamentaliste (born again), xénophobes et patriotes (America First), anti-immigration, anti-avortement, anti-élitisme et anti-gouvernement fédéral. Il prétend aussi, depuis le début de sa campagne de 2016, être le champion des travailleurs. Il n’a pas besoin d’articuler un programme, tant un nombre important d’électeurs lui vouent un véritable culte de la personnalité, lui faisant une confiance aveugle pour tenir ses promesses. C’est dans cette perspective que les adeptes de la conspiration QAnon (une des mouvances d’extrême droite conspirationniste – NdT) se sont tournés vers Trump pour mener leur combat visant à vaincre la « cabale démocrate », censée être responsable des maux du pays. Il s’agit évidemment d’une expression extrême du soutien à Trump, mais qui sert à activer un certain nombre de soutiens, y compris de nombreux partisans de Trump sur les médias sociaux.
Que Trump réapparaisse en personne directement sur la scène électorale ou non, la présence d’un certain nombre de membres d’extrême droite au Congrès, y compris de nouveaux élus, qui ont soutenu la manifestation du Capitole, doit être prise au sérieux. Ils représentent une partie non négligeable de la population que les dirigeants du Parti républicain doivent prendre en considération.
Les vues anti-scientifiques de Trump, qui nie la réalité de l’épidémie et la menace du réchauffement de la planète et du dérèglement climatique, n’auront peut-être plus d’effet direct sur les politiques. Elles n’en demeurent pas moins un moyen puissant pour maintenir un clivage politique et social. Le masque anti-coronavirus est un symbole politique – un symbole de contrôle gouvernemental pour nombre de ses détracteurs et, pour ses partisans, un symbole de préoccupation pour sa propre santé et celle des autres. Il est aussi représentatif d’une position politique que Pepe la grenouille ou un polo Fred Perry.
Mais pour la plupart des gens qui le méprisaient, le fait que Trump n’occupe plus le devant de la scène est un soulagement. Il ne pourra plus utiliser la présidence pour apporter son soutien à des groupes réactionnaires proto-fascistes et racistes ou continuer ses diatribes de droite contre Black Lives Matter, les antifas et toute personne opposée à ses positions réactionnaires.
Cela signifiera ne pas avoir à écouter ses attaques racistes impitoyables contre les personnes traversant la frontière, et ne plus le voir justifier la séparation des enfants de leur famille, les mettant en cage dans des conditions horribles. La célébration par Trump de ces politiques barbares, ainsi que la diabolisation des personnes qui ont travaillé ici pendant des années, qui fuyaient une pauvreté désespérée ou qui étaient des enfants amenés ici pour une vie meilleure, n’émaneront plus de la Maison-Blanche.
Après l’incident au Capitole, certains membres de la bourgeoisie changent de discours. La National Association of Manufacturers et diverses grandes entreprises ainsi que les deux principales banques que Trump utilise pour ses transactions commerciales se sont désolidarisées de l’instabilité que Trump représente. Bien sûr, ils ne sont pas tous en train de « rompre » avec lui. La plupart ont dit qu’ils mettaient leurs flux de financement sur « pause ». (Mais ne le feraient-elles pas de toute façon après une telle élection ?) Les banques et les grands actionnaires se sont très bien portés sous Trump, avec le démantèlement des réglementations qui entravaient leurs activités lucratives, et les généreuses réductions d’impôts qui leur ont permis de ne plus quasiment rien payer sur leurs bénéfices.
Mais ces représentants des grandes entreprises souhaiteraient revenir à une certaine version du « business as usual » avant que les choses ne deviennent trop incontrôlables. Ils ont besoin que l’on s’attaque à la pandémie pour relancer l’économie. Beaucoup veulent une politique internationale plus cohérente, qui tienne compte de l’évolution actuelle des rapports de force politiques économiques. Enfin, ils ont besoin d’entretenir des relations amicales avec ceux qui sont aux commandes à Washington afin de pouvoir continuer à recevoir l’argent de nos impôts.
Biden et Harris s’installent
L’investiture bien chorégraphiée de Biden et Harris, la cérémonie qui a suivi et les premiers jours du nouveau pouvoir avaient pour but d’assurer à ceux qui détestent ou craignent Trump que les choses vont changer. Biden a également tenu à tendre une main rassurante à ceux qui ne sont pas profondément embourbés dans le marécage de Trump, ou qui sont rebutés par ses dernières frasques au Capitole, et qui sont prêts à considérer ce que Biden peut offrir. L’investiture a été produite comme une comédie musicale de Broadway, avec de nombreuses stars connues, des chansons, et des feux d’artifice. Pour certaines des dizaines de millions de personnes qui ont regardé le spectacle dans tout le pays, elle a apporté un sentiment d’espoir pour l’avenir.


