Depuis le début du mois de mars, les chiffres du chômage battent tous les records dans le monde. Certains États ont mis en place ou renforcé des dispositifs de chômage partiel pour éviter aux patrons de débourser les salaires durant le confinement. Il s’agirait de préserver le « tissu productif », c’est-à-dire de permettre le redémarrage de l’exploitation au plus vite sans avoir à réembaucher ou former de nouveaux salariés. Les salariés eux, y perdent du salaire, mais même cela ne suffit pas à endiguer un chômage qui explose littéralement. Sans attendre « l’après », les travailleurs sont déjà en train de payer les conséquences économiques de la crise sanitaire.
Un pic de chômage sans précédent aux États-Unis
L’exemple le plus frappant, largement relayé par la presse, est celui des États-Unis. Un record absolu a été battu avec 20 millions de nouvelles demandes d’inscription à l’allocation chômage en quatre semaines. Un pic dix fois supérieur à celui de 2009. Et ce décompte ne concerne que ceux qui s’inscrivent au chômage, qui, avant l’épidémie, ne représentaient que le tiers du nombre officiel de chômeurs. Le taux de chômage dépasse déjà 10 % et pourrait vite s’élever à 30 % selon le directeur de la Réserve fédérale de Saint-Louis. Ceux qui veulent s’enregistrer se retrouvent face à des services saturés. Certains ont dû appeler plus de 700 fois ou patienter 12 heures en attente avant d’avoir quelqu’un au bout du fil, tandis que le site web plante fréquemment sous la surcharge de requêtes. Tout cela pour une indemnité misérable. Dans ce pays, le plus riche de la planète, les travailleurs licenciés en masse se retrouvent sans ressources du jour au lendemain.
En Europe, chômage et chômage partiel grossissent de jour en jour
La situation n’est pas si différente en Europe. En Norvège, le taux de chômage est passé de 2,3 % à 10,4 % en un mois et, en Suède, 14 000 salariés ont reçu une lettre de licenciement la seule semaine du 16 au 22 mars, selon le journal Le Monde [1]. En Autriche, le taux de chômage a atteint 25 % en quelques semaines, malgré la mesure de chômage partiel payée par l’État.
Au Portugal, la compagnie aérienne TAP, détenue à 50 % par l’État, et sa filiale de services aéroportuaires ont été les premières à licencier, avant que d’autres ne suivent. La TAP a ensuite mis 90 % de son personnel au chômage partiel. Les licenciements se sont aussi multipliés dans l’hôtellerie et la restauration, où travaillent de nombreux précaires. Jusqu’au Sporting Portugal, le club de football lisboète, qui a mis ses salariés au chômage partiel et réduit le salaire des joueurs de 40 % ! Pour rappeler qu’il est « de gauche », le gouvernement portugais a régularisé tous les demandeurs d’asile… jusqu’au 1er juillet. Il s’agit en fait uniquement qu’ils puissent se soigner, afin de ne pas devenir un vecteur du virus. Dans la même veine, la mairie de Lisbonne a suspendu jusqu’en juin les loyers dans les HLM, mais qui devront être payés ensuite.
En Espagne, où le chômage était déjà élevé (13,8 % avant le confinement), 3,9 millions de salariés sont au chômage partiel payé à 70 %, mais avec obligation de rattraper les heures à la sortie. Les licenciements ont été officiellement interdits pendant le confinement, mais 900 000 ont quand même eu lieu en mars, notamment de personnes en CDD. Dans ce pays où le tourisme pèse 12 % du PIB, le FMI prévoit un chômage à 21 % pour « l’après ».
Au Royaume-Uni, les employés au contrat zéro heure (un contrat en CDI qui ne garantit pas le nombre d’heures travaillées… et donc le salaire) subissent de plein fouet l’arrêt de l’activité, n’ayant pas même besoin d’être licenciés. Entre le 16 et le 31 mars, 950 000 personnes ont sollicité le bénéfice de la prestation sociale universelle (qui remplace le chômage depuis 2012). Le taux de chômage, qui était officiellement à 3,7 % avant la crise, devrait atteindre 10 % en avril. Le gouvernement a mis en place un système de chômage partiel un peu particulier : les employeurs peuvent mettre leurs salariés « en congés », mais pour un minimum de trois semaines sans pouvoir faire alterner les salariés. Ceux-ci sont alors payés à 80 % aux frais de l’État… sans garantie de récupérer leur emploi au bout [2] !
En Allemagne, habituée des mesures de chômage partiel, 470 000 entreprises y avaient déjà fait appel au 31 mars, soit neuf fois plus que durant la crise de 2008. Les géants de l’automobile, BMW, Daimler et Volkswagen, ont mis à eux seuls 200 000 travailleurs au chômage partiel, qui sera payé à 67 % par l’État. Ces aides publiques n’ont pas dissuadé ces trois grands groupes de verser 7,5 milliards d’euros de dividendes aux actionnaires cette année.
En France aussi, le chômage explose
En France, 8,7 millions de travailleurs sont en chômage partiel à la date du 14 avril [3] : pas loin d’un salarié du privé sur deux ! Leur nombre ne cesse de s’envoler, si bien que le gouvernement a dû tripler à 24 milliards d’euros l’enveloppe initialement prévue.

