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	<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
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	<description>Site de la fraction L'&#201;tincelle, groupe trotskiste partie prenante du NPA, et de sa revue Convergences r&#233;volutionnaires.</description>
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		<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
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		<title> Quand la r&#233;pression ne fait plus peur
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		<dc:subject>Turquie
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		<dc:subject>Monde
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		<description>Les forces de police turque n'ont pas l&#233;sin&#233; sur la r&#233;pression pour tenter d'enrayer les manifestations. Elles en ont d'ailleurs une sacr&#233;e habitude, et qui ne date pas de l'arriv&#233;e au pouvoir du parti d'Erdogan en 2002. Depuis de longues ann&#233;es la Turquie a connu une succession d'alternances entre r&#233;gimes militaires et phases dites d&#233;mocratiques mais o&#249; les droits de manifestation ou de gr&#232;ve ont toujours &#233;t&#233; plus que limit&#233;s. &lt;br /&gt;La police utilise contre les manifestants des grenades&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les forces de police turque n'ont pas l&#233;sin&#233; sur la r&#233;pression pour tenter d'enrayer les manifestations. Elles en ont d'ailleurs une sacr&#233;e habitude, et qui ne date pas de l'arriv&#233;e au pouvoir du parti d'Erdogan en 2002. Depuis de longues ann&#233;es la Turquie a connu une succession d'alternances entre r&#233;gimes militaires et phases dites d&#233;mocratiques mais o&#249; les droits de manifestation ou de gr&#232;ve ont toujours &#233;t&#233; plus que limit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police utilise contre les manifestants des grenades d'un puissant gaz lacrymog&#232;ne qu'elle tire &#224; bout portant. Ce sont entre autre ces tirs qui sont &#224; l'origine du nombre important de bless&#233;s, 4 800 selon le syndicat des m&#233;decins. Dimanche et lundi, deux manifestants mouraient, l'un d'entre eux &#224; Antalya (Sud-Est de la Turquie), directement sous les coups de matraques de la police. Et &#224; travers les t&#233;moignages lus dans la presse, il semble que les arrestations soient syst&#233;matiquement accompagn&#233;es de violences polici&#232;res de toute sorte. Ainsi ce t&#233;moignage d'un manifestant arr&#234;t&#233; : &lt;em&gt;&#171; Jusqu'&#224; ce que je sois emmen&#233; dans le bus, j'ai &#233;t&#233; confront&#233; aux coups de pied et insultes de chacun des policiers qui me croisaient et me criaient &#8220;c'est vous qui allez sauver ce pays bande de fils de pute ?&#8221; &lt;/em&gt;(&#8230;)&lt;em&gt; Dans le bus, les lumi&#232;res &#233;taient &#233;teintes et j'ai entendu la voix d'une jeune fille qui suppliait des policiers. Ils frappaient la fille, la prenait au cou et un policier lui cria : &#8220;je te niquerai ici&#8221; (!). &#192; ce moment nous &#233;tions trois dans le bus, ils nous ont forc&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter &#224; plusieurs reprises : &#8220;J'aime la police turque.&#8221;, &#8220;J'aime mon pays.&#8221; en nous disant &#8220;plus fort plus fort&#8221;. &#187;&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T&#233;moignage publi&#233; sur le site communismeouvrier.wordpress.com&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt; Il est difficile de conna&#238;tre le nombre de personnes arr&#234;t&#233;es, ou le nombre de personnes maintenues en d&#233;tention, mais il est certain que le chiffre monte &#224; quelques milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette r&#233;pression sanglante n'a pas emp&#234;ch&#233; le mouvement de s'&#233;tendre, bien au contraire. Les rodomontades d'Erdogan non plus, lui qui pr&#233;tend que &lt;em&gt;&#171; s'ils rassemblent 20 personnes, alors j'en rassemblerai 200 000. L&#224; o&#249; ils en auront 100 000, je mobiliserai un million de membres de mon parti. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Une contestation qui touche toutes les couches de la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les offensives religieuses, la d&#233;t&#233;rioration des conditions de vie depuis 2008 ainsi qu'une utilisation r&#233;currente de mesures r&#233;pressives ont fait d&#233;border la coupe du m&#233;contentement. Il ne manquait plus qu'une &#233;tincelle pour que le feu prenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Initi&#233; par une partie de la petite bourgeoisie urbaine paup&#233;ris&#233;e par la flamb&#233;e des prix qui accompagne la pr&#233;tendue &lt;em&gt;&#171; merveilleuse &#187;&lt;/em&gt; croissance de l'&#233;conomie turque en p&#233;riode de crise mondiale, le mouvement a &#233;t&#233; rejoint par diff&#233;rents milieux et couches sociales. Des &#233;tudiants, des Al&#233;vis (minorit&#233; religieuse de 15 millions de personnes, ayant une approche lib&#233;rale de l'islam) qui s'estiment victimes de discrimination de la part de l'AKP et les milieux la&#239;ques proches des k&#233;malistes (h&#233;ritiers de Mustafa Kemal qui avait modernis&#233; la Turquie au profit de la bourgeoisie, et pr&#244;nait un &#201;tat la&#239;c). Plus largement, des personnes venant des couches populaires, des travailleurs et des travailleuses voulant exprimer un ras-le-bol du gouvernement, composent cette vaste mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Les syndicats qui se mettent de la partie, et les autres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux organisations syndicales, KESK (syndicat de la fonction publique) et DISK (syndicat industriel positionn&#233; &#224; gauche) s'en sont rapidement solidaris&#233;es. Elles appelaient mercredi 5 juin &#224; une journ&#233;e de gr&#232;ve. Les d&#233;clarations de ces organisations restent n&#233;anmoins bien limit&#233;es&#8230; Si KESK formule, quoi qu'en des termes tr&#232;s g&#233;n&#233;raux, quelques pr&#233;occupations sur la vie quotidienne des travailleurs, la d&#233;claration de DISK semble s'&#234;tre limit&#233;e &#224; demander le maintien du parc Gezi et &#224; condamner la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La centrale syndicale majoritaire, T&#252;rk I&#351;, tr&#232;s int&#233;gr&#233;e &#224; l'appareil d'&#201;tat, s'est bien gard&#233;e d'encourager d'une quelconque mani&#232;re le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Du c&#244;t&#233; des partis politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement nationaliste kurde &#233;galement fait montre d'une prudente mod&#233;ration. Le parti nationaliste PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) repr&#233;sente une composante importante de la gauche en Turquie. De par l'importante immigration kurde vers les grandes villes industrielles de l'Ouest du pays (Istanbul, Bursa, Izmir&#8230;), ses militants jouent un r&#244;le dans le mouvement ouvrier et les organisations syndicales. Mais si certains d'entre eux se sont naturellement retrouv&#233;s sur la place Taksim d&#232;s le d&#233;but des &#233;v&#233;nements, la position du PKK a en revanche &#233;t&#233; beaucoup plus r&#233;serv&#233; sur cette mobilisation. Un d&#233;put&#233; kurde a surtout d&#233;nonc&#233; la &#171; &lt;em&gt;disproportion de la violence utilis&#233;e &#224; l'encontre des manifestants&lt;/em&gt; &#187; (aurait-il fallu plus de &lt;em&gt;&#171; proportion &#187;&lt;/em&gt; ?). Et Selahattin Demirtas, le co-pr&#233;sident du parti kurde, a affirm&#233; qu'il ne permettrait &#171; &lt;em&gt;pas que ce mouvement se tourne contre les pourparlers de paix&lt;/em&gt; &#187; actuellement en cours entre le PKK et le gouvernement d'Ergodan. Et le PKK d'accuser les k&#233;malistes et leur parti, le CHP (Parti r&#233;publicain du peuple, &#224; coloration vaguement social-d&#233;mocrate) de vouloir r&#233;cup&#233;rer le mouvement pour enrayer le processus de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que ce CHP, parti maintes fois au pouvoir et qui se dit principal opposant du gouvernement Erdogan, est pr&#233;sent dans tous les cort&#232;ges en ne visant qu'une alternance politique avec l'AKP. Derri&#232;re un langage radical, taxant l'AKP de &lt;em&gt;&#171; fasciste &#187;&lt;/em&gt; ou d'&lt;em&gt;&#171; islamiste &#187;&lt;/em&gt;, le CHP ne pose jamais la question des conditions de vie, de la crise et de qui va la payer. Sans parler des liens historiques du CHP avec une partie des cadres de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Mais les travailleurs, eux, ne d&#233;sarment pas et pourraient prendre le relais des &#171; indign&#233;s &#187; de la place Taksim&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais loin des calculs des directions syndicales ou des directions des plus gros partis politiques dit d'opposition, la classe ouvri&#232;re, elle, pourrait donner au mouvement de v&#233;ritables perspectives. Sa combativit&#233; n'a pas fait d&#233;faut ces derni&#232;res ann&#233;es dans la m&#233;tallurgie, le textile, la chimie ou les transports. R&#233;cemment, le 15 mai dernier, la compagnie Turkish Airlines commen&#231;ait une gr&#232;ve contre une sorte de &#171; plan de comp&#233;titivit&#233; &#187; : licenciements, allongement de la journ&#233;e de travail, restrictions des libert&#233;s syndicales&#8230; D&#232;s les premiers jours de l'occupation, une forte d&#233;l&#233;gation de gr&#233;vistes se rendait place Taksim avec les autres manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re est contagieuse. Et si les travailleurs s'en emparaient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samuel TERRAZ&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;T&#233;moignage publi&#233; sur le site communismeouvrier.wordpress.com&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title> L'AKP, un grand parti de la bourgeoisie
</title>
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		<dc:subject>Turquie
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		<dc:subject>Monde
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		<description>&#192; la suite des r&#233;volutions d'&#201;gypte et de Tunisie, les grandes puissances, USA en t&#234;te, ont vant&#233; les m&#233;rites de cet &#171; islamisme mod&#233;r&#233; &#187; au pouvoir en Turquie avec le parti de Recep Tayyip Erdogan, l'AKP (Parti de la justice et du d&#233;veloppement). Le parti des fr&#232;res musulmans d'&#201;gypte et Ennahda en Tunisie &#233;taient tous deux bannis de la politique du temps o&#249; &#171; nos amis &#187; Moubarak et Ben Ali &#233;taient au pouvoir (tous deux membres de l'Internationale socialiste, soit dit en passant,&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; la suite des r&#233;volutions d'&#201;gypte et de Tunisie, les grandes puissances, USA en t&#234;te, ont vant&#233; les m&#233;rites de cet &lt;em&gt;&#171; islamisme mod&#233;r&#233; &#187;&lt;/em&gt; au pouvoir en Turquie avec le parti de Recep Tayyip Erdogan, l'AKP (Parti de la justice et du d&#233;veloppement). Le parti des fr&#232;res musulmans d'&#201;gypte et Ennahda en Tunisie &#233;taient tous deux bannis de la politique du temps o&#249; &lt;em&gt;&#171; nos amis &#187;&lt;/em&gt; Moubarak et Ben Ali &#233;taient au pouvoir (tous deux membres de l'Internationale socialiste, soit dit en passant, comme le parti k&#233;maliste CHP de Turquie). Ils sont soudains revenus en odeur de saintet&#233; aux yeux de Washington et de Paris. Morsi ou Ghannouchi ne pouvaient-ils pas devenir, &#224; l'image du mod&#232;le turc, les solutions r&#234;v&#233;es pour reprendre en main la population et la contr&#244;ler, dans le &lt;em&gt;&#171; respect des traditions de chacun &#187;&lt;/em&gt; et des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; que le mod&#232;le lui-m&#234;me se fissure. Au cours des derni&#232;res manifestations, on a beaucoup entendu des manifestants d&#233;noncer non seulement l'affairisme du pouvoir en Turquie mais aussi les tentatives de l'AKP d'&#233;tablir une &lt;em&gt;&#171; r&#233;publique islamique &#187;&lt;/em&gt;, le ras-le-bol de ses pressions morales et des interdictions. En ligne de mire, les r&#233;centes attaques sur la consommation d'alcool, le droit &#224; l'avortement ou encore des projets &#233;ducatifs religieux. Erdogan, voulant justifier l'interdiction de la vente d'alcool de 22 h &#224; 6 h du matin avait affirm&#233; que la boisson nationale n'&#233;tait pas la fameuse bi&#232;re Efes mais le lait caill&#233; &lt;em&gt;ayran&lt;/em&gt;. Cette r&#233;plique lui a valu l'ironie des manifestants qui, plagiant une marque c&#233;l&#232;bre de vodka arboraient des stickers &#171; Absolut ayran &#187; ou d'autres montrant une choppe de bi&#232;re remplie de lait caill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans en faire un fromage, cette tirade en dit long sur la volont&#233; du r&#233;gime de montrer du doigt comme blasph&#233;mateur ou &#171; mauvais turc &#187; tous ceux qui ne seraient pas respectueux des normes qu'il &#233;dicte. Mais parlons des caract&#233;ristiques essentielles du r&#233;gime de l'AKP.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Petite histoire de l'AKP&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1973, sous un r&#233;gime toujours la&#239;c, h&#233;ritage de la p&#233;riode k&#233;maliste, le parti islamiste intitul&#233; MSP (Parti du salut national) remporte ses premi&#232;res victoires municipales. Plut&#244;t &#233;tranger &#224; la grande bourgeoisie d'Istanbul, le MSP a sa base sociale dans le petit patronat d'Anatolie. Il se donne initialement un profil assez militant, souhaitant imposer sa vision religieuse de la soci&#233;t&#233;. Certaines municipalit&#233;s gagn&#233;es par les islamistes ferment les biblioth&#232;ques et les centres &#233;ducatifs pour femmes et les remplacent par des &#233;coles coraniques. &#201;volution d'autant plus ais&#233;e qu'au cours des ann&#233;es 1970 et 1980 les partis qui se sont altern&#233;s au pouvoir avaient eux-m&#234;mes d&#233;j&#224; mis beaucoup d'eau dans leur vin (ou dans leur &lt;em&gt;ayran&lt;/em&gt;) au sujet de la la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 1990, le successeur du MSP, le RP (Parti de la prosp&#233;rit&#233;) gagne une influence &#233;lectorale plus significative en remportant de nombreuses municipalit&#233;s. Non pas n&#233;cessairement par un vote de conviction, mais surtout parce que les &#233;quipes sortantes du CHP k&#233;maliste sont discr&#233;dit&#233;es par une multitude de scandales de corruption. Le parti islamiste construit ainsi sa popularit&#233; sur un discours mettant en avant son honn&#234;tet&#233; et sa transparence. Soucieux de promouvoir des &#233;quipes municipales cr&#233;dibles, le petit patronat local soutient le RP, qui pr&#233;sente le double avantage de ne pas remettre en cause l'ordre &#233;conomique et de proposer un profil moins corrompu et gangren&#233; que le CHP. En 1994, le RP remporte 18 % des voix aux &#233;lections municipales et surtout gagne plus du tiers des mairies de chef-lieu. L'actuel Premier ministre Recep Tayyip Erdogan devient alors maire d'Istanbul.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;L'ascension au pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais en 1998, pour avoir d&#233;clam&#233; en public un po&#232;me nationaliste bien caract&#233;ristique de sa propagande de l'&#233;poque (&#171; Les minarets seront nos ba&#239;onnettes, les coupelles nos casques, les mosqu&#233;es seront nos casernes et les croyants nos soldats &#187;), il est envoy&#233; en prison pour &#171; incitation &#224; la haine &#187;. Les guerres pour le pouvoir en Turquie ne se font pas &#224; fleuret mouchet&#233;. Et c'est en sortant de prison, en 2001, qu'il transforme l'ancien RP en l'actuel AKP dont il est le chef, et qui remporte les &#233;lections de 2002 face aux autres partis tous compromis par leur participation aux gouvernements des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En grimpant au pouvoir, cet AKP a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; &#233;mousser ses d&#233;clarations tonitruantes et trop ouvertement populistes. Il n'en apporte pas moins un soutien clair &#224; la diffusion et la pratique de l'islam. Des salles de pri&#232;res sont construites dans les salles attenantes des centres sportifs. Les transports collectifs sont gratuits les jours saints, pour que les fid&#232;les se rendent sur les lieux de culte. Mais pour autant, les manifestations provocatrices des plus rigoristes sont mises &#224; l'index. En 2006, le maire AKP de Tuzla (arrondissement d'Istanbul) avait publi&#233; une brochure r&#233;prouvant les poign&#233;es de main hommes/femmes, justifiant la polygamie et le mariage de fillettes de neuf ans. L'&#233;tat-major de l'AKP le remit s&#233;v&#232;rement &#224; sa place en affirmant que ce n'&#233;tait pas du r&#244;le des municipalit&#233;s de produire des fatwas, et encore moins de cet acabit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation du parti (RP puis AKP), parall&#232;lement &#224; son influence politique grandissante, de parti religieux militant &#224; parti au service de la grande bourgeoisie a suscit&#233; une certaine r&#233;orientation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;La politique municipale de l'AKP&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais, grand parti au service de la bourgeoisie, l'AKP n'est pas pour autant l'&#233;quivalent, version turque, des partis chr&#233;tiens-d&#233;mocrates d'Europe occidentale. Ce qui en fait la force et son originalit&#233; par rapport &#224; ses homologues conservateurs europ&#233;ens, c'est le poids qu'il a r&#233;ussi &#224; avoir au sein d'une partie des classes populaires et dont il entend bien pouvoir se servir pour opposer, si besoins, des fractions de la population pauvre entre elles. Ce qui est le sens des rodomontades d'Ergodan ces derniers jours : &lt;em&gt;&#171; je mobiliserai un million de mes partisans &#187;&lt;/em&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AKP a en effet men&#233; une politique de charit&#233; offensive, quoique limit&#233;e, pour se tailler un profil de parti populaire. Fort du soutien du patronat local et de la gestion des budgets municipaux, les &#233;quipes locales de l'AKP dirigent des campagnes fortement m&#233;diatis&#233;es d'assistance aux pauvres de leur ville. Des distributions de pain &#224; prix r&#233;duit, de charbon pour se chauffer, de fournitures scolaires &#224; l'occasion de chaque rentr&#233;e ou encore l'attribution de logements sociaux font partie des actions qui ont permis &#224; l'AKP de se constituer une base populaire. Pour autant, ces distributions ne sont pas ouvertes et ciblent en particulier des habitants n&#233;cessiteux rep&#233;r&#233;s et s&#233;lectionn&#233;s par les &#233;quipes militantes &#233;toff&#233;es de l'AKP. Si elles disposent d'un v&#233;ritable retentissement, c'est donc aussi par la forte m&#233;diatisation dont elles b&#233;n&#233;ficient. D'ailleurs, les promesses pourtant faibles de l'AKP sur le terrain social sont loin d'avoir &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es. En 1994, maire d'Istanbul, Erdogan avait promis la construction de 200 000 logements sociaux ; seulement 7 540 d'entre eux ont vu le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, les h&#244;tels et les centres commerciaux se sont multipli&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es dans la m&#233;tropole turque. Car la politique de l'AKP dans le secteur de la construction ne vise pas &#224; soutenir les besoins cruciaux de la population en termes de logement. Elle vise &#224; favoriser les gros bonnets de la construction. Par exemple, le maire AKP d'Ankara a baign&#233; dans un scandale financier d'attribution de terrains de construction &#224; des patrons du BTP qui se trouvaient &#234;tre des membres de sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;L'ancien vendeur de rue grand ami du patronat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ergodan continue &#224; se flatter de son enfance de vendeur &#224; la sauvette de &lt;em&gt;simit&lt;/em&gt; (petits anneaux de pain au s&#233;same). Mais depuis son arriv&#233;e &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat, l'AKP a men&#233; une politique sur mesure pour le patronat turc. La croissance dont il se vante (un taux annuel qui oscille entre 5 et 10 %) n'est rien d'autre qu'une croissance des taux de profit du patronat qui se r&#233;alise sur le dos des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vague de privatisations du secteur public men&#233;e par l'AKP pour le plus grand bien des hommes d'affaires leur a permis de racheter &#224; un co&#251;t sous-&#233;valu&#233; ces ex-entreprises publiques, encore une fois au d&#233;triment de leurs salari&#233;s. Pas sans r&#233;action ouvri&#232;re d'ailleurs : en 2010, la privatisation de l'entreprise Tekel, le monopole d'&#201;tat du tabac et de l'alcool en Turquie, avait &#233;t&#233; accompagn&#233;e du chantage suivant : acceptation de la privatisation avec perte de la moiti&#233; du salaire ant&#233;rieur, allongement de la dur&#233;e du travail, etc., ou licenciement. Trois mois de gr&#232;ve, tr&#232;s populaire dans le pays, avaient r&#233;pondu &#224; cette provocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus gros syndicat patronal, le T&#252;siad, repr&#233;sentant de la grande bourgeoisie stambouliote tout en restant plut&#244;t proche des k&#233;malistes, s'est fort bien accommod&#233; de l'alternance CHP/AKP. Partage des influences, c'est sur la seconde organisation, le M&#252;siad, repr&#233;sentant davantage le capital anatolien que s'est appuy&#233; l'AKP pour son ascension au pouvoir. Surnomm&#233;es les tigres anatoliens, les entreprises de cette r&#233;gion centrale de Turquie mettent en avant l'islam dans leur propagande et en font la religion de l'effort et la sobri&#233;t&#233; pour le bien-&#234;tre des profits de l'entreprise. &#192; chaque clan ses financiers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Et les marchands de pr&#233;jug&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si officiellement l'AKP ne revient pas formellement sur la la&#239;cit&#233; de l'&#201;tat, datant de l'&#233;poque de Kemal, il le fait n&#233;anmoins en partie, notamment dans le domaine de l'&#233;ducation. L'AKP favorise par exemple les &#233;coles religieuses. Dans le domaine des rapports hommes/femmes, les positions r&#233;actionnaires de l'AKP sont &#233;galement mena&#231;antes. La pilule du lendemain ne peut plus &#234;tre d&#233;livr&#233;e sans ordonnance, tandis que les attaques sur l'avortement, autoris&#233; depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980, se font tr&#232;s virulentes. Le maire AKP d'Istanbul a ainsi d&#233;clar&#233; &#224; ce sujet : &lt;em&gt;&#171; c'est la m&#232;re qui est fautive, elle n'a qu'&#224; se donner la mort &#187;&lt;/em&gt;. La participation de tous les f&#233;ministes au printemps turc n'a donc pas de quoi surprendre et &#233;tait m&#234;me &#233;minemment souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de ces derniers jours, rassemblant des milliers de manifestants venant un peu de toutes les couches de la soci&#233;t&#233;, montrent que la soci&#233;t&#233; turque ne semble pas pr&#234;te d'accepter le retour en arri&#232;re que l'AKP, par ses pressions religieuses, ses pr&#233;ceptes moraux, voudrait imposer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Alternance politique ou changement social ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas &#233;tonnant que ce soit presque exclusivement cette question de la la&#239;cit&#233;, importante, que le principal parti parlementaire d'opposition, le parti k&#233;maliste CHP (Parti r&#233;publicain du peuple) mette en avant pour r&#233;cup&#233;rer la contestation et chercher &#224; y prendre la premi&#232;re place. Grand parti de la bourgeoisie turque, maintes fois au pouvoir, li&#233; &#224; une partie de l'&#201;tat-major de l'arm&#233;e comme au grand patronat, le CHP entend surtout cantonner le clivage aux questions soci&#233;tales qui ne remettent pas en cause les fondements de l'ordre social afin de profiter de la r&#233;volte actuelle contre le gouvernement Ergodan pour favoriser une simple alternance politique en sa faveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en Turquie comme partout, c'est sur le terrain des luttes sociales qu'il est possible de changer r&#233;ellement le sort de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. T.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_699 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://nossl.convergencesrevolutionnaires.org/local/cache-vignettes/L456xH355/erdogan-26803.png?1787850336' width='456' height='355' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> La classe ouvri&#232;re face &#224; la crise
</title>
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		<dc:subject>Turquie
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		<dc:subject>Monde
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		<description>Malgr&#233; la crise qui s&#233;vit dans le monde depuis 2008, le gouvernement d'Erdogan, venu au pouvoir en 2002 au lendemain de la r&#233;cession qui avait touch&#233; la Turquie dans la foul&#233;e des crises de Russie et du Sud-Est asiatique, a largement tir&#233; profit de la reprise d'un taux de croissance relativement &#233;lev&#233;. Entre autres cons&#233;quences de cette croissance &#233;lev&#233;e, le centre d'Istanbul ne cesse de changer, pour le plus grand bonheur des promoteurs immobiliers&#8230; copains du parti d'Erdogan. &lt;br /&gt;Mais&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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&lt;a href="http://nossl.convergencesrevolutionnaires.org/-Le-printemps-turc-" rel="directory"&gt;Le printemps turc
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; la crise qui s&#233;vit dans le monde depuis 2008, le gouvernement d'Erdogan, venu au pouvoir en 2002 au lendemain de la r&#233;cession qui avait touch&#233; la Turquie dans la foul&#233;e des crises de Russie et du Sud-Est asiatique, a largement tir&#233; profit de la reprise d'un taux de croissance relativement &#233;lev&#233;. Entre autres cons&#233;quences de cette croissance &#233;lev&#233;e, le centre d'Istanbul ne cesse de changer, pour le plus grand bonheur des promoteurs immobiliers&#8230; copains du parti d'Erdogan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que l'on dit moins c'est le prix qu'a co&#251;t&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re turque, non seulement la crise de 2001, mais aussi &lt;em&gt;&#171; l'exception turque &#187;&lt;/em&gt; de ces dix derni&#232;res ann&#233;es. Les sacrifices exig&#233;s au nom de la &lt;em&gt;&#171; comp&#233;titivit&#233; &#187;&lt;/em&gt; visent &#224; renforcer les exportations, assur&#233;es tant par des grandes entreprises &#233;trang&#232;res telles que Renault, Bosch ou Siemens que par des entreprises nationales qui acqui&#232;rent progressivement du poids dans la r&#233;gion. La main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e mais bon march&#233; fournit des profits mirobolants, tandis que les travailleurs connaissent une baisse de leur niveau de vie &#224; cause d'une inflation galopante. Elle a atteint 40 % l'an dernier sur certains produits de base comme le gaz ou le p&#233;trole. Le taux de ch&#244;mage des moins de 30 ans atteint officiellement 20 % mais serait en r&#233;alit&#233; bien plus &#233;lev&#233;, de nombreuses cat&#233;gories de jeunes travailleurs &#233;chappant &#224; ces statistiques. Le salaire minimum, pas n&#233;cessairement respect&#233;, atteint p&#233;niblement 313 euros net qui peuvent &#234;tre ais&#233;ment aval&#233;s par le loyer d'un appartement T2 &#224; Istanbul&#8230; La dur&#233;e hebdomadaire du travail est officiellement de 45 h, mais elle est souvent plus &#233;lev&#233;e en pratique, et tend &#224; s'&#233;tendre avec le recours aux heures suppl&#233;mentaires, qu'elles soient pay&#233;es ou non.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_701 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://nossl.convergencesrevolutionnaires.org/local/cache-vignettes/L226xH141/apple-2-259d5.png?1788047531' width='226' height='141' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Difficult&#233; d'organisation des salari&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette situation, les possibilit&#233;s de contestation et d'organisation qu'offre la l&#233;gislation du travail sont faibles. Et elles ont encore &#233;t&#233; aggrav&#233;es par la nouvelle loi du travail impos&#233;e par le gouvernement Ergodan en 2003. Sous pr&#233;texte d'alignement sur la Communaut&#233; europ&#233;enne o&#249; la Turquie ambitionne d'&#234;tre admise, la nouvelle loi avait surtout pour but la flexibilisation du travail : elle exclut notamment des r&#232;gles communes du droit du travail les entreprises de moins de 30 salari&#233;s (la moiti&#233; des salari&#233;s), assouplit les horaires (cette loi autorise jusqu'&#224; 11 heures par jour pendant 6 jours cons&#233;cutifs en p&#233;riode de pointe), et g&#233;n&#233;ralise la sous-traitance. Merci mon dieu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gislation turque du travail &#233;tait pourtant loin d'&#234;tre confortable ! Le premier Code du travail, qui date de 1936, &#233;tait &#224; l'&#233;poque un m&#233;lange des Codes du travail &#233;labor&#233;s en Italie fasciste et en Allemagne nazie. Dans les ann&#233;es 1950, la Turquie, grande alli&#233;e des &#201;tats-Unis adopta le syst&#232;me syndical en cours dans ce pays, en m&#234;me temps que l'AFL-CIO aidait &#224; la mise en place d'une centrale syndicale &#224; m&#234;me de contr&#244;ler le monde du travail et jouer le r&#244;le d'interm&#233;diaire avec le patronat : la T&#252;rk I&#351;, aujourd'hui encore le principal syndicat du pays, commen&#231;ait sa carri&#232;re. L'existence d'un syndicat en entreprise est, depuis ce temps, s&#233;v&#232;rement encadr&#233;, notamment par l'obligation d'obtenir l'accord de plus de 50 % des effectifs de l'entreprise pour d&#233;clarer la cr&#233;ation d'un syndicat dans une entreprise. Le minist&#232;re rend alors publique la liste des membres et entreprend tranquillement l'examen du dossier avant de donner ou non son aval &#224; la cr&#233;ation d'un syndicat. Cette p&#233;riode, allant g&#233;n&#233;ralement de 6 &#224; 18 mois, est alors une p&#233;riode de tout les dangers pour les militants, ou ceux que la direction a cat&#233;goris&#233; comme tels &#224; l'aide de ses indicateurs dans les ateliers. De ces difficult&#233;s, il r&#233;sulte que peu d'entreprises sont syndiqu&#233;es, autour de 15 %. Nombre de conflits du travail r&#233;cents ont port&#233; sur cette question du droit de se syndiquer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Un syndicat majoritaire li&#233; au pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les choses seraient encore trop faciles s'il suffisait d'avoir un syndicat pour pouvoir se d&#233;fendre. La principale centrale, T&#252;rk I&#351;, est toujours, comme du temps de sa cr&#233;ation, tr&#232;s proche des organisations patronales. Elle a surtout prosp&#233;r&#233; gr&#226;ce au monopole qu'elle a obtenu durant la d&#233;cennie 1980. La d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente avait connu une vive agitation, qui s'exprima notamment lors d'une v&#233;ritable gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale insurrectionnelle autour du 15 et 16 juin 1971, ou encore lors du 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; mai 1977, dont la r&#233;pression fit 38 morts. Le coup d'&#201;tat militaire de 1980 interdit toutes les organisations ouvri&#232;res combatives et envoya en prison 85 000 personnes. Et la T&#252;rk I&#351; avait &#233;t&#233; la seule centrale syndicale &#224; ne pas critiquer le coup d'&#201;tat. Ce qui lui valut sa rapide re-l&#233;galisation. Alors que la conf&#233;d&#233;ration DISK, cr&#233;e en 1967 par des militants exclus de la T&#252;rk I&#351; pour faits de gr&#232;ve, en prenait pour 10 ans d'interdiction totale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Mais une combativit&#233; capable de bousculer m&#234;me les verrous syndicaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Heureusement les travailleurs savent passer outre la bureaucratie syndicale. Ce fut le cas en novembre dernier &#224; l'usine Renault de Bursa, qui fabrique la Clio, et o&#249; T&#252;rk Metal (affili&#233; &#224; T&#252;rk I&#351;) est le seul syndicat de l'entreprise. Il venait de signer un accord avec le patronat sans m&#234;me prendre la peine de consulter les travailleurs. L'un des points qui fit particuli&#232;rement bondir les ouvriers &#233;tait l'augmentation des salaires sur laquelle s'&#233;tait accord&#233;s patron et syndicat : 18 %, alors que la perte de pouvoir d'achat ces derni&#232;res ann&#233;es &#233;tait estim&#233;e &#224; 40 %. Les ouvriers d&#233;cid&#232;rent de faire gr&#232;ve sur le tas &#224; plus de 1 500 dans une usine qui en compte 6 200 r&#233;partis en 3 &#233;quipes. Pour emp&#234;cher la jonction de se faire, la direction prit la peine d'appeler chaque ouvrier de l'&#233;quipe suivante pour les assurer que les cha&#238;nes ne d&#233;marreraient pas et qu'ils pouvaient rester chez eux en &#233;tant pay&#233;s. Ils annul&#232;rent les cars de ramassage. Cela n'emp&#234;cha pas des ouvriers de rejoindre par eux-m&#234;mes l'usine, accompagn&#233;s de salari&#233;s de l'usine Bosch venus en solidarit&#233;, et de d&#233;cider l'occupation de l'usine. Dans la nuit qui suivit, les gr&#233;vistes furent violemment d&#233;log&#233;s par l'arm&#233;e, et Renault licencia le lendemain 34 d'entre eux. La gr&#232;ve fut donc un &#233;chec, certes. Mais elle r&#233;v&#232;le le profond climat de m&#233;contentement et la combativit&#233; de la classe ouvri&#232;re en Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Multiplication de la sous-traitance et ins&#233;curit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la recherche des co&#251;ts de production les plus bas, les conditions de travail sont telles que les accidents du travail sont monnaie courante : d'apr&#232;s le minist&#232;re du Travail, 4 accidents mortels ont lieu chaque jour, 1 500 par an. Le 7 janvier dernier, une explosion dans la mine de Kozluk, r&#233;gion mini&#232;re du Sud-Est de la Turquie, a fait 8 morts. Dix jours plus tard, une marche de mineurs et de leurs familles rejoignait la place Taksim, scandant que l'explosion ne devait rien &#224; la fatalit&#233;, qu'elle n'&#233;tait pas un accident mais un assassinat. La mine avait en effet fait l'objet d'un rapport du minist&#232;re du Travail qui relevait les irr&#233;gularit&#233;s &#224; l'origine de l'explosion. Le patron avait fait la sourde oreille, pr&#233;f&#233;rant &#233;conomiser sur les frais li&#233;s &#224; la s&#233;curit&#233; des travailleurs. Le secteur o&#249; op&#233;raient les mineurs &#233;tait pris en charge par une soci&#233;t&#233; sous-traitante, biais par lequel le v&#233;ritable patron de la mine d&#233;cline toute responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le recours croissant &#224; la sous-traitance est aussi un b&#233;n&#233;fice pour le patronat de la loi du travail de 2003. Les entreprises sous-traitantes comptant souvent moins de 30 salari&#233;s, &#233;chappent de plus aux r&#232;gles et peuvent s'opposer &#224; toute existence d'une organisation syndicale. Et quand elles en comptent davantage, ils sont souvent r&#233;partis sur diff&#233;rents sites pour rendre leur organisation plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Quand les patrons ne l'ont pas vol&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le transport a&#233;rien, c'est entre autre par le biais de la sous-traitance que l'entreprise Turkish Airlines (15 000 salari&#233;s, 6&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; compagnie europ&#233;enne en termes de passagers transport&#233;s) essaie d'attaquer les travailleurs en les divisant et en tirant vers le bas les conditions de travail. Les n&#233;gociations collectives en cours pr&#233;voyaient en effet de recourir plus largement &#224; la sous-traitance, de restreindre les (relatives) libert&#233;s syndicales, et de licencier une partie des effectifs. Mais, fort de leur exp&#233;rience d'une gr&#232;ve l'an pass&#233; contre une loi voulant interdire le droit de gr&#232;ve dans l'a&#233;rien, les employ&#233;s de Turkish Airlines ont repris la gr&#232;ve le 15 mai pour contester les propositions de la direction dans ces n&#233;gociations collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce type de r&#233;action qui donne confiance dans la combativit&#233; de la classe ouvri&#232;re turque face aux attaques qu'elle subit depuis des ann&#233;es. Ces gr&#232;ves sont nombreuses, disposent d'un v&#233;ritable capital de sympathie dans la population et sont parfois victorieuses. L'explosion de col&#232;re qui s'est r&#233;pandue en quelques jours dans le pays, &#224; la suite des &#233;v&#233;nements d'Istanbul, pourrait bien encourager les travailleurs &#224; s'y mettre cette fois tous en m&#234;me temps et &#224; en devenir du coup, bien plus que les jeunes de la place Taksim, le fer de lance de la contestation du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S.T.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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